Le coeur de la Terre

A Noël 2007, il m’a été offert un hors série du magazine Géo sur l’Ouest américain ainsi que le livre d’Olivier Grunewald « Images de la Création ». Ces terres lointaines et sauvages m’ont toujours attirées et là, c’était clairement une sollicitation de trop! En parcourant le livre avec ma compagne, l’ouest américain a eu raison de nous : nous avons pris 2 billets d’avion pour nous rendre dans le Montana dès le 28 décembre pour décoller le… 8 septembre 2008 pour deux semaines de vacances dans le Montana.

Les mois qui ont suivi ont été consacrés à la préparation du séjour qui s’est très vite tourné vers le parc du Yellowstone, à la frontière entre le Montana et le Wyoming. Notre avion atterrissant à Billings après une escale à Minneapolis puis à Détroit, j’ai ainsi planifié le programme de chacune de nos journées que nous allions passer sur place. Les lignes qui suivent vont vous expliquer comment ce voyage s’est finalement déroulé…

L’avion a effectivement atterri à Billings, vers 22h00 heure locale, après un voyage long (15 heures) mais sans encombres (correspondances sans soucis particuliers). Une fois les bagages récupérés, nous sommes allés voir le guichet de notre loueur de voitures – Hertz – pour récupérer les clés de notre voiture « économique » réservée en même temps que les billets d’avion. La voiture était en fait une Kia Sorento, dont la gabarit et le confort étaient bien au dessus de ce à quoi nous nous attendions. Ben oui, les Etats-Unis, c’est à une autre échelle et pour eux, ce 4×4 est une voiture « économique ». Ce qu’il nous a été possible de nous rendre compte tout au long du séjour…

Premier point à passer : oublier la boite manuelle et passer à la boite automatique. Après quelques cahots sur le parking de l’aéroport le temps d’apprivoiser cette nouvelle conduite (et enfin poser mon pieds gauche pour ne plus utiliser que le droit!) nous avons pu prendre la direction de notre premier hébergement situé dans Billings : le Dude Rancher Lodge.

Le logement : les premières imperfections des préparatifs

Le Dude Rancher Lodge, hôtel très confortable et accueillant, est très rapide et facile à trouver depuis l’aéroport.

Pas de soucis pour récupérer les clés malgré l’heure tardive, les chambres sont confortables et le petit déjeuner pris le matin très copieux.

Puis nous avons récupéré notre voiture sur le parking de l’hôtel pour prendre la route et nous diriger vers le parc du Yellowstone, par les routes de montagne qui traversent Red Lodge puis le lieu de notre seconde nuit dans le Montana : Silver Gate.

Silver Gate est une toute petite bourgade (vraiment toute petite!) dans laquelle on ne trouve qu’un bar et un magasin de souvenirs. Ce dernier loue des petits (très petits!) chalets à des prix très attractifs : les Pine Edge Cabins.

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Le cadre est vraiment magnifique. La rivière passe à proximité des chalets et heureusement! Nous pensions vraiment pouvoir dîner sur place, dans un restaurant ou acheter de quoi nous préparer un dîner. Perdu! Rien de tout ceci sur place. J’ai donc pris ma canne de pêche à la mouche et suis allé capturer notre dîner dans la rivière du coin. Une fois de retour au chalet d’un pas fier et décidé à cuisiner mes deux truites, nouvelle déception : le chalet ne disposait ni de matière grasse, ni d’aucun assaisonnement. Nous avons dégusté nos truites natures, justes cuites. L’aventure!

Le lendemain, nous sommes partis très tôt vers le Parc du Yellowstone pour ne rien rater. De plus, tout au long des préparatifs, je n’ai jamais réussi à avoir quelqu’un au téléphone pour réserver nos hébergements à l’intérieur du parc. Il allait me falloir très rapidement passer quelques coups de téléphone, l’objectif étant de pouvoir voyager en itinérance le long de la Grand Loop Road, du Nord vers l’Ouest, puis vers le Sud, l’Est et retour au Nord vers Gardiner en fin de séjour.

BicheSur la route, après avoir croisé un orignal femelle et observé un horde de loups à une belle distance de la route, nous trouvons enfin une cabine téléphonique. Ouf, sauvés!

Perdu : les logements présents dans le parc sont visiblement tous fermés après le mois d’août. Le plan de départ commence à prendre un sérieux coup dans l’aile. Qu’à cela ne tienne, le temps de trouver une cabine téléphonique en plein Yellowstone (il y a une cabine au carrefour de Tower Junction : ouf!), nous avons téléphoné au dernier logement que nous devions faire durant nos vacances, situé hors du parc celui-là : Chico Hot Springs.

Notre interlocutrice nous indiqua tout d’abord que toutes les chambres étaient prises en cette période. Je lui ai malgré tout expliqué notre mésaventure et elle nous a alors proposé une solution de repli dans la mesure où nous accepterions de changer de chambre tous les 2 ou 3 jours. Vendu!

Direction Chico Hot SpringsC’est ainsi que nous avons dormi tout notre séjour à Chico Hot Springs, où nous avons pu profiter de petits déjeuners gargantuesques, de la piscine extérieure chauffée à l’eau de geyser (été comme hiver!) et d’une petite séance de spa et de massage bien agréable.

D’aucun dira que Chico Hot Springs est situé un peu loin de l’entrée du parc. Certes. Mais nous n’avons vraiment pas regretté cet éloignement qui nous permit de vivre des moments très forts, que ce soit humainement parlant ou de par la beauté des paysages que nous avons traversé dans le Montana.

Le Yellowstone : côté volcan

Mammoth_Hot_SpringsLe Yellowstone est avant tout un super volcan dont la caldeira s’étend sur une superficie incroyable, donnant naissance à des phénomènes et des paysages absolument incroyables. Ainsi, jour après jour, nous avons parcouru le parc depuis la Grand Loop Road, des Mammoth Hot Springs au Lac Yellowstone et de Tower Junction au Petrified Tree. Tout au long de notre séjour, nous n’avons pas hésité à sortir des sentiers battus pour profiter un peu plus encore de la magie des lieux. Les sources d’eau chaude, les geysers, les Roaring Mountains qui laissent sans cesse échapper un écran de vapeur d’eau, les Bobby Sock Trees, et tant d’autres… Les lumières rasantes de septembre n’ont eu de cesse que d’illuminer ces merveilles que nous offre notre bonne vieille Terre sous des lumières féériques. Malgré notre éloignement géographique, nous aurons malgré tout réussi à réaliser 90% de notre programme propre au Yellowstone. En effet, nous en voulions profiter de notre séjour pour visiter la portion de Montana autour de Chico Hot Springs, lieux mis en lumière par Robert Redford dans son film Et au milieu coule une rivière.

Un point à ne pas négliger lorsque l’on prépare un séjour au Yellowstone : les limitations de vitesse. Celles-ci sont de plusieurs nature. Premièrement, la vitesse est très réglementée à l’intérieur du parc.

Bisons traversant la route

Elle est limitée à 45 Miles/heure (73 km/h). Vitesse que nous avons pourtant parfois eu du mal à atteindre tant les lieux sont enchanteurs. Et puis, nous ne sommes pas seuls sur la route. Il y a les autres.

Les autres touristes, mais aussi une faune riche et variée qui se fait un malin plaisir à venir contrarier votre évolution. Et oui. Les lois de la nature sont les premières à s’appliquer dans le parc du Yellowstone.

Le Yellowstone : côté nature

Pénétrer le Yellowstone est comme découvrir la Nature pour la première fois. Le regard est attiré par tant et tant de choses qu’il est difficile de savoir où donner de la tête. Les différents hôtes du Yellowstone peuvent parfois être de bon gabarit, il n’est pas toujours aisé de les repérer dans le paysage. Une meute de loup en chasse au fond de la plaine ou deux orignaux couchés sous les buissons derrière un rideau d’arbre ne s’offrent qu’à ceux qui ont réussi à percevoir leur présence. Autre astuce : si vous observez un agglutinent de voitures ou d’appareils photos et jumelles en un lieu donné, ce n’est jamais pour rien. Malgré tout, la Nature reste seule maître. Il pourra vous arriver de rester longtemps, parfois même TRES longtemps, pour enfin voir se montrer l’animal convoité parti se réfugier dans la végétation. Se montrer, ou pas…

A titre d’exemple, c’est en voulant aller voir le Petrified Tree que nous nous sommes trouvés « bloqués » à 150 de notre lieu de destination. Pourquoi? Un bus arrêté au bord de la route, avec quelques voitures, 2 longues vues sur trépieds et chacun la paire de jumelle à la main ou l’appareil photo prêt à dégainer. Nous apprîmes rapidement qu’il s’agissait d’un orignal couché dans les fougères, derrière des arbres situés à une centaine de mètres du bord de la route. A la longue vue, nous devinions tout juste ses bois, alors aux jumelles… Patience étant souvent mère de réussite, nous avons attendu, attendu, et attendu encore. Pendant près de 2h30. Alors que le soleil avait largement eu le temps de décliner et que la lumière se faisait plus douce, l’Elan s’est enfin décidé à sortir de son repère histoire de grignoter quelques herbes. Et, surprise : un second orignal, qui était couché juste à côté de lui, se mit lui aussi à nous remercier de cette patience en se présentant à nous, magistral, imperturbable, flegmatique.

Antilope d'Amérique

Finalement, nous n’avons atteint le Petrified Tree que pour faire demi-tour à la nuit tombée et rentrer à Chico Hot Springs : la nuit avait eu raison de notre destination initiale! Mais franchement, sans regrets…

 

 

Une autre espèce que nous avons eu le bonheur de croiser quotidiennement entre Chico Hot Springs et l’entrée du Parc à Gardiner : l’Antilope d’Amérique, seule espèce d’ongulé nord-américaine endémique.

Quand l’heure du retour a sonné

Comme toutes vacances, les nôtres ont touché à leur fin. Nous ne voulions pas partir sans nous arrêter sur le site de Little Big Horn, situé sur la route du retour vers Billings. Un arrêt très riche en émotions qui nous a rappelé s’il en était utile la barbarie dont l’Homme peut être capable face à ses pairs ou face au monde qui l’entoure lorsqu’il perd la raison, aveuglé par un sentiment qu’il devient incapable de contrôler lui même.

Nous avions prévu de revenir vers Billings pour y passer notre dernière nuit et être à proximité de l’aéroport. Notre point de chute? Le Dude Rancher Lodge bien sûr! Nous avons profité de notre dernière soirée pour nous rendre au stade de la Billings Senior High School et voir un match de football américain. Pas facile de comprendre les règles « en live », mais nous avons passé un super moment.

Nous sommes repartis du Montana le 23 septembre 2008, en faisant une petite escale sur Détroit, pour un vol d’un peu plus de 11h00. Mais franchement, ça vaut vraiment le déplacement. Toutefois, il est bon de prévoir de rester au moins deux semaines sur place, d’une part pour se remettre du décalage horaire et ainsi profiter pleinement du séjour. Et puis le temps passe très (trop) vite : alors quitte à se déplacer si loin, autant en profiter au mieux…